La Bouche pleine de terre

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La Bouche pleine de terre

Texte / danse / images / création sonore
Adaptation du récit de Branimir Scepanovic

Mise en scène : Richard SAMMUT

Co-production :
Le Tricycle (Grenoble)
Association Ciel Ouvert (16)
Le Lieu Multiple/Espace Mendes France (Poitiers)

Cette création est soutenue par :
la Direction Régionale des Affaires Culturelles,
la Ville de Poitiers,
la Région Poitou-Charentes,
le Conseil Général de la Vienne,
Cap Sud,

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‘Az élet ősibb, mint a halál’
La vie est plus ancienne que la mort

Un train couine dans une petite gare du Monténégro
La porte s’ouvre
Une pulsation comme les veines d’un arbre
Au travers des montagnes l’écho
Une poursuite les voix étouffées qui s’avancent
L’odeur des forêts comme la vie qui revient
Un désir de vivre après la mort
Comme les deux extrémités de la très ancienne communauté des hommes
Un cri pour finir

“Je regarde le dernier couché de soleil
J’entends le dernier oiseau
Je lègue le néant à personne* “

L’homme ancien va renaître

‘Az élet ősibb, mint a halál’
La vie est plus ancienne que la mort

( * Jorge Luis Borges)

L’INTRIGUE

L’intrigue de ce court roman qui adopte la vigueur rustre et primitive des chants homériques est simple.
Lors d’un examen médical, un homme découvre qu’il est condamné.
Alors, tel un Ulysse soudain épris d’Ithaque, il décide de rentrer dans son Monténégro natal d’où il conserve de merveilleux souvenirs d’enfance, pour mettre fin à sa vie dans des circonstances, un temps et un lieu choisis consciemment.
Pour fuir tout contact humain qui risquerait de le détourner de sa ferme décision d’aller au devant de la mort, il saute du train et s’enfonce en pleine nuit dans la forêt.
A l’aube, son chemin le mène au campement de deux chasseurs. Également surpris de la présence de l’autre, chacun des deux camps s’observe, dans l’attente. Soudain l’homme fait demi-tour, dévale la pente et s’enfuit en courant. Les deux compagnons, interloqués, s’élancent à sa poursuite afin de le détromper en lui expliquant qu’ils souhaitent juste l’aider.
S’ensuivent soixante-dix pages de course.
Au désir de venir en aide, vont succéder chez les deux chasseurs de la colère, puis une haine farouche, aiguisée par la chaleur, la végétation, la fatigue, l’incapacité à rattraper le fugitif.
De cette situation, déjà surréaliste, l’auteur fait une parabole terrifiante en élargissant le cercle des poursuivants. D’abord un berger, persuadé que le fugitif lui a sciemment tué un chien l’an passé, puis un garde forestier qui retrouve en lui un voleur de fusil, et d’autres encore, jusqu’à former une meute déchaînée lancée à la poursuite d’un homme dont aucun ne connaît en réalité ni l’identité ni l’histoire.
Dans cette course folle, physiquement épuisante, au milieu d’une nature luxuriante, l’homme va atteindre un état de conscience de soi et du monde de plus en plus lumineux. La tentation de vie renaît, accompagnée de l’impérieux besoin de rattraper le temps perdu, de chercher à atteindre la connaissance suprême.
La bouche pleine de terre est un magnifique poème de l’existence et une méditation, grave et altière, sur la destinée humaine.

LE SPECTACLE

La question de l’être humain. De sa violence.
Comment assiste-t-on à la naissance du mal ex nihilo alors que se met en place le mécanisme de la haine ? De quelle manière, si simplement, par pur instinct grégaire, de simples gens se transforment-ils en meurtriers ?
Pourquoi la solidarité dans la chasse et dans la haine leur donne-t-elle soudain une raison d’être ? Comment, dans le même temps, lors de cette fuite éperdue, la tentation de vie renaît du désir de mort ?

Jusqu’où conduit la boue de l’âme humaine ?

Il s’avance sur scène dans le noir, peut-être ne le voit-on pas. Mais sa respiration nous parvient, tranquille avant la rencontre.
Un train couine dans une petite gare du Monténégro. La porte s’ouvre sur les montagnes.
Son histoire nous est contée qui nous explique sa présence, sa quête. Les deux hommes sont déjà là, qui vont le rencontrer.
La course immobile va commencer.

La mise en scène s’appuie sur la présence d’un danseur représentant cet homme fuyant. Encerclé, provoqué, enveloppé d‘images, son histoire sera racontée par deux comédiens, l’un représentant les visages du couple de chasseurs se transformant en la multitude, et l’autre, narrateur omniscient, témoin de l’histoire.

Le danseur sera tout à la fois l’homme, le mouvement et la nature, le tout lié dans l’écho des images.

L’ambition du spectacle est de faire entendre la langue de Scépanovic. L’écriture de plateau nous amène à une expérience poétique et sensorielle, portant la parole de l’auteur. La création sonore, graphique et scénographique, écrin de sensations, doit conduire le spectateur pris dans la matière à partager cette expérience, pour que la parabole soit la sienne, au-delà du simple fait de consommer du théâtre. L’acte théâtral, pour être sacré, ne se doit-il pas d’être beau, spectaculaire ? Le texte, qui démarre d’une manière quelque peu didactique et manichéenne, s’échappe au fur et à mesure de la course vers un lyrisme et un suspense. Il accède à une dimension mythique et symbolique pour nous faire entendre un chant final digne des grandes fresques homériques.

LA SCENOGRAPHIE

“La matière”, ou bien disons plutôt “la peau principale” du dispositif scénographique, est la résine, ce qui permet de jouer sur la transparence et l’opacité, en fonction de l’éclairage et des projections.

Au centre du plateau, une forêt. Soutenus par une armature métallique, des panneaux de plexi résinés, fibrés, servent de supports de diffusion des images.

Le centre sera nu, avec un sol en terre, sur lequel le mouvement pourra être incarné. Le danseur et les deux récitants seront intégrés à cet univers aride et épuré.

Des veinules y apparaîtront peu à peu, ainsi que sur le danseur, au fur et à mesure du spectacle et de la naissance du désir de vie qui traverse l’homme poursuivi.

Tout retourne à la terre, et un des sujets qui traversent cette parabole est bien le comment et le pourquoi de la mort.

* utilisation de très gros plans, d’images anatomiques et scientifiques nous renvoyant d’une part aux mécanismes organiques des comportements humains et d’autre part nous amenant à considérer l’évolution de la course-poursuite comme une métaphore de la progression de la maladie dans le corps du poursuivi.

* ombres chinoises sur les paravents : les silhouettes, la foule anonyme.

* démultiplication et clonage des visages, des individus.

L’EQUIPE ARTISTIQUE

* Richard SAMMUT : mise en scène et voix
* Alain ENJARY : jeu
* Eric FESSENMEYER : danse
* Thomas SILLARD : création sonore
* Mélanie MONTAUBIN : scénographie – images
* Mathieu MARQUIS : lumières

EXTRAIT